Résumé éditeur :
Vous êtes un esprit tourmenté, coincé dans le monde des mortels ?
Appelez les Dead Boy Detectives, experts en affaires surnaturelles. Contre rémunération, bien sûr.
Je suis franchement faible. Un titre qui claque, une affiche qui en envoie, une histoire d’enquête et de fantôme, et bah moi je commence à regarder, voilà.
Il faut dire en plus que j’ai vraiment adoré The Sandman ; puisque cela se passe dans le même univers, je savais que je n’allais pas être déçue ! Je m’attendais à une série très proche en terme d’atmosphère et de ton, quelque chose de profondément mélancolique, mystique et… très éthéré.
Bah en fait, pas vraiment, non. Si certaines intrigues sont traitées avec beaucoup de sérieux, la série en elle-même est complètement frappadingue. Scooby-Doo avec de vraies créatures surnaturelles, dont l’agence de détective est menée par deux fantômes qui adoptent plus ou moins contre leur gré une médium amnésique.
Nous voilà donc à suivre les affaires des Dead Boy Detectives, Edwin Payne et Charles Rowland. Et là, il faut prononcer tout ça avec un merveilleux accent british, s’il vous plaît. Parce que oui, Edwin et Charles sont britanniques… mais c’est pas tout. En plus de n’avoir littéralement aucun palais (les fantômes ne peuvent pas manger, tout à le goût de sable), l’un est tout droit sorti de l’époque édouardienne et l’autre des années 80. Un cocktail assez détonnant, tant linguistiquement que culturellement parlant.
Le jeu d’acteur est absolument incroyable ; on croirait vraiment que ces deux-là sont ensemble depuis 30 ans, à avoir leurs petites manies, leurs propres expressions… et cette tendance à bizarrement coordonner leur réaction. Plus petit couple marié de meilleurs amis, tu meurs. Comme eux, quoi.
A ce duo s’ajoute Crystal Palace, une jeune fille vivante - ce qui n’est pas du tout au goût d’Edwin - qui tente de retrouver sa mémoire, volée par un démon nommé David. Cynique, brute de décoffrage, à l’esprit de contradiction plus que développé, Crystal est un personnage féminin comme on en voit rarement. Elle est en colère, elle fait des bourdes, elle a aussi raison des fois, elle est elle-même, autant que faire se peut, et ce n’est certainement pas l’asperge qui pourrait être son arrière-grand-père qui va lui dire de bouger de là. Elle bouleverse le quotidien des deux amis et de leur agence, apportant avec elle une intrigue très chouette. Enfin, des intrigues.
Oui parce qu’au niveau des circonvolutions, Dead Boys Detectives aime imbriquer ses fils narratifs en une superbe pelote bien rebondie. Tout est bien organisé, de sorte qu’on ne s’ennuie pas, tout en ne se perdant pas entre les différentes fils et autres personnages !
La série est avant tout comique de par ses situations - Edwin ne connait pas le jargon de 2024, Charles n’accepte pas de ne pas être mate avec quelqu’un - et ses personnages - une intrigue importante de cette série tourne autour d’un chat anthropomorphique qui veut se taper Edwin… et un corbeau anthropomorphique aussi. Elle aborde cependant des thématiques dures, en respectant la lourdeur de celles-ci : l’humour ne porte jamais sur les tragédies auxquelles font ou ont fait face les personnages. Elles sont des points importants dans la construction et l’évolution d’Edwin, Charles et Crystal, tant en tant que protagonistes que dans leurs relations. Homophobie, racisme, sexisme, maltraitances infantiles, violences systémiques tout y est abordé avec beaucoup d’intelligence. Sans que cela soit trop pesant, ces problématiques sont exposées, discutées et tentent d’être résolues si possible. Ce ne sont pas des actes sans conséquence, et ces points spécifiques des intrigues ont des répercussions sur le reste de la série et sur les personnages eux-mêmes, ce qui est très appréciable. J’ai toujours trouvé cela particulièrement frustrant quand un personnage se prenait un gros trauma sur la tête un épisode et le suivant, on faisait comme si ce n’était pas arrivé. Eh bien Dead Boy Detectives rompt avec cette tendance, et c’est vraiment chouette. Rip les personnages en revanche.
Si j’ai apprécié les différentes enquêtes, les personnages récurrents étaient vraiment exceptionnels. Non seulement les trois protagonistes principaux étaient tous les trois considérés comme tels, avec leurs propres caractéristiques, atouts et faiblesses, les personnages secondaires étaient également génialissimes. Niko, la jeune fille vivante atteinte de lutins farceurs, apportait avec elle une touche de fraicheur et de douceur absolument incroyable, sans être pour autant réduite à ce rôle-là, Jenny la bouchère glauque et solitaire adopte ces deux ados cheloues, Esther la sorcière maléfique a décidé qu’elle serait méchante et badass et qu’elle ne s’excuserait pas… C’est vraiment une énorme connasse, elle est incroyable.
J’aime beaucoup les différentes couches de détails qui s’empilent et rendent la série regardable à l’infinie. Je ne vous raconte pas le nombre de posts sur le sujet que j’ai lu, je suis tombée dans un gouffre nommé “Edwin mon bébou queer anxieux”, j’en suis toujours pas sortie…
Bref, une série loufoque, qui sait avoir ses moments plus sérieux, aux personnages très bien travaillés et construits, avec des FANTÔMES, des QUEERS, des CHATS, et des PROTAGONISTES principaux ETHNIQUEMENT DIVERSIFIES, et juste YOUUUUUHOUUUUUUUUUUU.
A noter que la série a été annulée après une saison.