Résumé éditeur :
À la tombée du jour, un jeune guérisseur se rend dans un village reculé.
Il a une nuit pour sauver un enfant.
Sa mère lui a toujours dit : "Ne laisse jamais de traces sur ton passage."
Il obéit toujours à sa mère. Sauf cette nuit-là.
Pour découvrir ce qu'est la Langue des choses cachées, il nous faut suivre le fils. Pas un fils ordinaire, non. Ou peut-être que si. Il est comme sa mère ; en marge et pourtant viscéralement présents au monde, ces deux individus pratiquent une langue cachée, occulte dans le sens premier du terme, une langue du désespoir, de la révélation. Le fils, comme sa mère avant lui, n'intervient qu’en dernier recours, quand il n’est plus que le dernier espoir.
Stendhal écrivait, dans le Rouge et le Noir, qu’ “un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l’inspecteur des routes qui laisse l’eau croupir et le bourbier se former”.
La langue des choses cachées, c'est exactement ça. La plume de Cécile Coulon nous dévoile le vert du vallon, mais aussi le rouge des épaules de l'homme de la table. Ce roman est un miroir travaillé, ornementé, paré d’intonations poétiques. Ce miroir reflète le beau comme le laid ; mais il semble ancien, aussi. Alors le reflet est un peu déformé, peut-être un peu voilé, à l’image de ce roman poétique, fantastique, qui nous narre des personnages aux contours flous.
Le village décrit, la société dépeinte sont universelles dans leur singularité. Les drames de ce village, ce sont les drames étouffés de chaque recoin de notre société. Réels, tangible, et pourtant dérobés à nos yeux.
Cécile Coulon entame ici une véritable discussion sur les violences systémiques, sur l’impunité et l’aveuglement volontaire face à ces situations. Pourtant, l’autrice ne nous livre pas un roman aux perspectives totalement sombres. Les enfants ne sont pas leurs parents. Tout comme le fils va s’éloigner de la route mille fois parcourue par la mère, le fils de l’homme aux épaules rouges est d’une bonté et d’une beauté qui n’a d’égale que la laideur de son père.
Ce roman, d’une violence inouïe, nous reflète la bourbe du sentier ; d’une poésie infinie, il nous fait également entendre la langues des choses cachées. L’impuissance que l’on ressent à la lecture est incommensurable. L’injustice, les injustices, sont trop grandes, trop visibles, trop. Et le fils est désemparé, trop calme, trop hors du monde. La jeune femme trop en colère, trop légitime dans ses griefs. Le prêtre est trop présent, trop familier des lieux et de ce qu’il s’y passe. La mère n’aurait rien fait ; mais le fils n’est pas sa mère, et il décide d’agir.
La conclusion, percutante, est dans la lignée du roman. Elle ne soulage pas ; l’histoire est trop viciée pour. Elle est injuste dans sa justice, désespérante dans l’espoir qu’elle porte et apporte. Si rétribution il y a, elle a toujours un coût. Ce coût, est-il forcément juste ?
La langue des choses cachées m’a tellement percutée et tellement retournée qu’il a été assez difficile pour moi de faire une chronique qui suit le plan habituel. L’important dans la Langue des choses cachées, ce n’est pas la minutie avec laquelle les personnages ont été travaillés, ce n’est pas l’orfèvrerie créée par les mots de Cécile Coulon, ce sont les relations et les situations mises en scène par ces personnages, racontées par ces mots.