Résumé éditeur :
À seulement seize ans, Myriam est chargée d'écrire le livre de la Vérité qui manque à sa communauté de survivants de l'apocalypse. Elle n'a plus accès qu'à quelques ouvrages en lambeaux et à des récits oraux conservés tant bien que mal.
Qu'à cela ne tienne, elle remplit sa mission. Puisant à toutes les sources, de la chute de Lucifer aux chaussons de Cendrillon, en passant par Le Lac des cygnes et les pérégrinations d'Œdipe, elle trace des démarcations nouvelles entre le mensonge et la vérité.
L'Évangile selon Myriam propose une relecture drôle et incisive de nos évidences présentes et nous invite à en interroger la construction.
Lolilol pouet pouet mais qu’est-ce que c’est que ça ? (← grande critique s’il en est d’une Cassie totalement soufflée)
Un petit ovni littéraire, une chasse aux références littéraires, un essais, un roman, de la fiction et en même temps du réel, non, franchement, l’Evangile selon Myriam est inclassable.
Si l’on pourrait croire qu’il s’agit, au premier abord, d’un recueil de petites histoires sans lien entre elles, il n’en est rien. L’importance de la transmission, d’une culture littéraire commune, d’histoires faisant une communauté, finalement, est au cœur de ce roman. C’est là la quête de Myriam, tout simplement. Sa communauté s’est détachée de la société dominante des villes, n’emportant avec elle que le plus important. Malgré cet acte fondateur et fédérateur, quelques générations plus tard, force est de constater que cette action perd de sa force, que la communauté perd de son lien. A la fois florilège de récits sacrés pour Myriam et les siens et parcours de celle narre ce qui lie son peuple, nous traversons les âges et les lieux pour découvrir une réinterprétation magistrale des histoires fondatrices de la culture occidentale.
La forme narrative de ce livre est osée, et c’est un parti pris réussi. Comme un essai, le roman se divise en thématiques, elles-mêmes ensuite décomposées en chapitres. Bien que la forme soit très cyclique, Ketty Steward réussit toujours à nous captiver et à nous interroger. C’est une douce intention que celle de permettre aux lecteurices de retomber sur du familier, surtout lorsqu’on se décide à chambouler leur vision du monde.
Chamboulée, ça je l’ai été. Avec L’Evangile selon Myriam, Ketty Steward interroge les mythes fondateurs occidentaux, la place proéminente de certains, la hiérarchie peut-être arbitraire qui a été créée. Dialogue complètement vivant, tous ces récits sont réinterprétés pour mieux nous questionner. A travers un point de vue prenant le contrepoint de celui de l’histoire traditionnelle, comme lorsqu’on suit Caïn plutôt qu’Abel, ou encore par l’attention portée sur un point de détail qui remet en perspective toute l’histoire, ainsi qu’on le découvre avec l’affaire du mari disparu revenu des années plus tard qui met moins en avant ce mari que la volonté de croire, d’espérer, de faire avec ce qu’on a, Ketty Steward ne lésine pas sur les remises en question.
L’autrice dresse le portrait des thématiques communes qui ont forgé l’imaginaire occidental tout en nous montrant la myriade de facettes que celles-ci peuvent adopter. Elle nous interroge également sur notre société par petites touches dispersées ça et là, le tout avec une plume précise et quelque fois incisive, il faut le dire.
S’il y a quelques personnages que l’on retrouve dans plusieurs histoires, et que l’on voit évoluer, Myriam est la seule constante… avec Alphonse. Personnage mystique, à la fois allégorie et protagoniste, il a été un mystère total pour moi du début à la fin. Il est intriguant, il est aussi bien partie prenante des récits et complètement hors des histoires, il a une ambiguïté tout à fait intéressante. Principalement antagoniste, il est le diable, la méchante sorcière, il s’oppose à Dieu, il est son égal… vraiment, un personnage hors normes, force motrice et chaotique qui m’a complètement fascinée.
Et la fin ? Mais quelle fin exceptionnelle ? Je me demandais comment aller se clôturer ce roman si particulier, et je n’ai décidément pas été déçue ! On termine en apothéose, tout en ressortant complètement soufflé de sa lecture.