Résumé éditeur :
Edmée, une opticienne astronome mystérieuse, se passionne pour les étoiles. Un jour, son directeur lui demande de garder sa fille, Violette.
Celle-ci, délaissée par son père, s'ennuie ferme et trouve en Edmée une grande amie. Cette dernière l'entraîne alors progressivement dans une quête fantastique, sans se douter à quel point la curiosité de la jeune fille prendra le pas sur sa prudence.
Ce titre, je l’ai découvert au hasard d’une story, celle d’une collègue libraire, qui présentait sa lecture du moment. Ce qui m’a immédiatement frappée, bien avant même la couverture, c’est le nom de l’illustratrice. Parce qu’en fait, Lucie Quéméner… c’est la grande sœur d’une copine d’enfance.
Dès le début, cette BD m’a doublement ramenée à la petite fille que j’étais, à la fois à travers l’adaptation d’une œuvre de Marie Desplechin et à travers le retour aux soirées pyjamas d’anniversaire trop cools dans le salon des Quéméner.
L’enfance, donc, comme thématique principale de cette bande dessinée aux traits si particuliers et aux couleurs pastelles si étonnantes. Il n’y a pas à dire, le style graphique entre réellement en osmose avec le sujet abordé : le coup de crayon est doux, rassurant. Il est également onirique, presque magique, recouvert peut-être de ce voile de poussière d’étoiles dont l’on pare nos meilleurs souvenirs d’enfant.
L’enfance, justement, nous l’abordons à travers Violette Xi, petite fille que son papa, très occupé, laisse régulièrement avec l’une de ses collègues transformée baby-sitter le soir venu.
Jusqu’à la nuit où, puisqu’aucune des habituelles n’est disponible, vient Edmée, la petite nouvelle de l’Observatoire astronomique. Se tisse alors un lien éthéré, lumineux et fort entre la jeune enfant et la jeune femme, qui apprennent à se découvrir, à se connaître, et… à remplir leurs soirées.
Violette est un personnage avec beaucoup de caractère, qu’il est aisé de lire. Elle se sent abandonnée par son père absent et trouve du réconfort auprès d’une jeune femme silencieuse qui admire les étoiles, Edmée. Edmée, sorte de figure rassurante et calme, qui sait parler à cette jeune fille pourtant renfermée. Edmée, sage stellaire, qui l’initie à l’astronomie, qui lui parle du cosmos, de tous ces points brillants agencés entre eux, comme les œufs dans la poêle. Edmée, architecte jardinière, qui lui apprend les fleurs, les plantes, les racines, et que, finalement, le ciel se retrouve dans les jardins. Edmée, finalement presque plus allégorie qu’humaine.
J’ai beaucoup apprécié le jeu autour de l’image, des couleurs et des plans qu’a fait Lucie Quéméner dans cet album. J’ai eu cette impression que tout avait été mis en œuvre pour instaurer une certaine ambiance, à la fois si réelle et si hors du temps, qui donne finalement une sensation d’intemporalité.
Sensation d’universalité aussi. Il faut dire que les thématiques abordées et la poésie, inhérente à la fois à l’image et au texte, touchent, je pense, beaucoup, peu importe l’âge ou la naissance.
Toute la bande dessinée tourne autour de la relation qu’entretiennent Violette et Edmée, ainsi que de la manière dont elle se retranscrit à travers des passions qui deviennent communes. Relation qui, dans le même temps, s’écrit en total contrepoint avec celle de Violette et son père.
Là où une friction est rapidement adoucie par les paroles, la compréhension et la communication entre la petite et Edmée, elle prend des proportions démesurées, devient conflit et désastre entre le père et la fille. Là où la jeune femme se rend toujours disponible, le père est perpétuellement débordé, jamais là, toujours présent par son absence.
L’intelligence de cette histoire, c’est que, comme le ciel se retrouve dans les jardins, elle nous montre comment des relations a priori opposées ne sont peut-être pas si étrangères l’une à l’autre.
Récit initiatique, spirituel peut-être même, cette adaptation de Marie Desplechin par Lucie Quéméner est une invitation à la tendresse, à la transmission aussi, le tout dans des tons pastels et un crayonné éblouissant. Un véritable coup de cœur pour une bande dessinée qui, même des semaines après ma lecture, me reste encore en mémoire.