Résumé éditeur :
Tout n'était qu'illusion. Un masque que Victoire attachait sur son visage au début de la journée pour se convaincre qu'elle était capable de mettre un pied devant l'autre. Mais au fond, lorsque la nuit arrivait, il se fracassait en mille morceaux ? Victoire n'a pas dit un mot depuis le décès de son meilleur ami ; Oscar ne cesse de parler pour fuir l'anxiété ; Isaac tente de combler le vide laissé par sa mère. À eux trois, ils forment un trio improbable de jeunes adultes brisés par la vie. Et si c'était pourtant ensemble qu'ils trouvaient la force d'avancer ?
A vivre avec était un titre qui, depuis sa sortie en librairie, me faisait de l’œil. Je savais qu’il rentrerait un jour ou l’autre dans ma PàL, avec sa si jolie couverture, avec son autrice française et son sujet abordant la dépression, l’anxiété et le suicide. Ces thématiques me tiennent particulièrement à cœur et semblaient, à la lecture du résumé, être traitées avec respect et considération.
Et de fait, le respect et la considération étaient là ; je dirai même plus, on sentait l’expérience et la compréhension intime du sujet à travers les lignes. J’ai aimé tous ces personnages un peu cassés, qui essaient de faire avec, qui percent sans s’en rendre compte la coquille des autres. J’ai aimé ses personnages qui se trouvent, s’apprivoisent, et font corps ensemble. J’ai aimé tous ces personnages qui luttent à leur manière, comme ils peuvent, et que la narration ne blâme jamais. La dépression et l’anxiété, si on pouvait s’en sortir facilement, personne ne s’y embourberait autant.
La force de ce roman, c’est de montrer toute la spirale destructrice de la dépression et de l’anxiété, mais aussi son côté protéiforme. Chaque personnage incarne une facette différente de ces maladies et nous offre un panorama large de ce qu’elles peuvent représenter. A vivre avec, c’est à la fois un roman dévastateur, qui vous met en face de la réalité et vous fait (re)vivre des périodes sombres. C’est aussi un roman feel good d’une puissance inimaginable. Parce que, comme le titre le sous-entend, on peut vivre avec. On peut apprendre à vivre avec, à vivre, vraiment, plus juste tenter de mettre un pied devant l’autre pour faire avancer les jours.
Le roman a également une qualité littéraire indéniable. La plume est très fluide, agréable à lire, et l’autrice sait véritablement capturer les émotions de ses personnages pour nous les retranscrire le plus fidèlement possible. Mais, en plus de ça, la narration qu’elle met en place est tout bonnement exceptionnelle. Si l’on croit au premier abord qu’il s’agit d’une narration omnisciente, c’est-à-dire que l’histoire est racontée à la 3e personne tout du long et que chaque détail est connu et divulgué, il n’en est en fait rien. Bien vite, on se rend compte que, si le narrateur est bien omniscient et sait tout des personnages, il fait cependant lui-même partie de l’univers. Toute la question, dès lors, est de savoir qui il est. Une incarnation de la dépression ? Un personnage à part entière ? Une fantasmagorie ?
L’autrice le dit elle-même, c’est un livre qu’elle aurait aimé avoir, et cela se sent et se ressent. Il est une sorte de doudou, de Wilson dur mais juste ; il est également, je pense, une bonne porte d’entrée pour les proches, aussi. Une porte d’entrée vers ces maladies, ce que c’est que de vivre avec, et d’essayer, vraiment, même si ça ne se voit pas.
Il faut tout de même savoir que ce livre aborde de manière explicite les thématiques décrites plus haut, et qu’il détaille vraiment l’expérience de la dépression. Il y a des scènes qui sont très dures, mais également beaucoup qui donnent espoir. Pas un genre d’espoir de l’inatteignable, du meilleur absolu, mais d’un un peu mieux, ce qui est d’autant plus salvateur, à mon sens.
Prenez soin de vous, et, si vous le pouvez, des autres, vraiment.