Résumé éditeur :
« La colocataire est la femme idéale ! » Ainsi parle Don Elemirio, grand d'Espagne et ermite en son immense appartement du VIIe arrondissement de Paris.
Comme dans le fameux conte de Perrault, les règles de la colocation sont simples : seule une pièce est interdite, la chambre noire.
Or Saturnine Puissant, doit justement trouver à se loger. Autonome, cultivée, brillante, l'héroïne, ne sait que penser du richissime original. Mais surtout que sont devenues ses huit colocataires précédentes ? Auraient-elles transgressé l'interdit ?
Saturnine devra éviter les pièges et manipuler le manipulateur.
Amélie Nothomb, je l’ai découverte en 3e lorsque notre prof de français nous avait laissé le choix d’une lecture parmi une liste définie. Franchement, aucun ne me tentait vraiment, mais je trouvais que le titre La Métaphysique des Tubes avait quelque chose, et peut-être même que ça parlerait de physique, alors pourquoi pas. Bon, alors, petite Cassie ne savait pas que métaphysique, malgré le “physique”, c’est une notion non pas de sciences dures mais de philosophie. Inutile donc de vous dire à quel point la lecture de ce livre m’a déstabilisée et a été… un délire. J’ai adoré. Et j’aurai dû me rendre compte à ce moment là que j’étais nette, mais bref.
Je n’avais jamais osé reprendre de Nothomb jusque là, parce qu’elle m’avait fait une telle impression que je ne voulais pas être déçue. Et puis à la librairie, nous avons reçu Barbe Bleue, l’adaptation en bandes dessinées du roman éponyme de l’autrice, illustré par Camille Benyamina.
Il faut dire que j’étais sacrément curieuse de voir ce que pouvait donner une adaptation d’Amélie Nothomb en images. Mon souvenir de La Métaphysique des Tubes, avec sa langue si particulière, ses moments hors du temps et de la compréhension humaine soyons francs, me laissait perplexe quant à la réussite d’une telle entreprise.
Comme je me suis trompée ! Moi qui avait peur que l’image ancre trop dans le réel un texte de Nothomb, il n’en est rien. Les couleurs, déjà. Les couleurs sont si présentent, si chatoyantes, presque saturées ; elles donnent le ton et renversent à elles seules le lecteur. Le dessin, le coup de crayon, le choix des teintes font de cette BD une petite œuvre d’art, qui, le temps de la lecture, nous plonge dans une revisite du célèbre conte.
Petit écrin coloré, cette bande dessiné est absolument rocambolesque, tant sur le plan esthétique que sur le plan de la réinterprétation. Une réinterprétation presque plus morbide que l’original, et pourtant si bien menée, presque réelle.
Saturnine, une jeune étudiante à Paris, répond à une drôle d’annonce pour une chambre à 500€ en plein cœur de la capitale. Une aubaine, un petit miracle vraiment louche si l’on considère la qualité indéniable du logement. Et la meilleure amie de cette étudiante est bien d’accord sur ce point : le type avec qui elle vit dorénavant est, au mieux, un tueur en série, surtout qu’il fait une étrange fixette sur l’interdiction d’ouvrir une porte noire. Mais Saturnine s’en fiche bien ; si le prix pour avoir des repas de reines, une salle de bain avec marbre chauffant et une chambre au lit encore plus douillet que celui de la princesse au petit pois est de ne pas ouvrir une maudite porte, ainsi soit il. La curiosité ne la titille pas, et, dès le début, on comprend bien qu’elle ne se fera pas avoir.
Dès lors, comment poursuivre le conte ? A travers le personnage de la meilleure amie, malade de curiosité, qui rêve de découvrir ce que renferme la porte ? Ou à travers celui du riche propriétaire, complètement fou de Saturnine, qui n’a qu’une envie, celle de lui révéler son secret ?
La réécriture, double si on compte en plus l’adaptation en BD, est tout simplement dingue, et j’ai beaucoup aimé l’ambiance qui s’instaure. On sait que ça finira mal, mais est-ce que ça finira réellement mal ? Tout se passe bien, la vie est douce et la curiosité, loin. Les personnages apprennent à se connaître, s’apprivoisent, et la relation qui les unisse, unique, est incroyablement dépeinte, dans toutes les contradictions et la complexité qu’elle implique. Elle est intimement tragique, au sens grec du terme ; le destin pèse sur cet appartement, sur ce qui unit les personnages. D’une façon où d’une autre, le livre se refermera. Mais comment ? Le jeu tout du long avec le lecteur, contre le lecteur, en dépit du lecteur, toujours rivé sur la fin - comment la fin, quelle fin, la fin ! - est tout simplement sublime.
Une très belle adaptation, aux couleurs chatoyantes et éclatantes, qui propose une réinterprétation tragique, moderne et complexe d’un conte déjà si particulier ! Un véritable coup de cœur pour moi !