Résumé éditeur :
« La guerre de Troie n'aura pas lieu », dit Andromaque quand le rideau s'ouvre sur la terrasse du palais de Priam.
Pâris n'aime plus Hélène et Hélène a perdu le goût de Pâris, mais Troie ne rendra pas la captive car pour tous les hommes de la ville « il n'y a plus que le pas d'Hélène, la coudée d'Hélène, la portée du regard ou de la voix d'Hélène...» et les augures eux-mêmes refusent de la laisser partir.
Hector, pour Troie, et Ulysse, pour la Grèce, tentent à tout prix de sauver la paix. Mais la guerre est l'affaire de la Fatalité et non de la volonté des hommes. La guerre de Troie aura lieu.
Petit “classique” du théâtre contemporain, le challenge Nerdae Antiquae me semblait être le moment idéal pour découvrir cette œuvre !
Et je dois dire qu'elle m'a beaucoup déroutée. Quelques fois comique, quelques fois d'une ironie cruelle, résolument tragique, cette pièce est très étrange.
Le style, parfois un peu ampoulé pour un lecteur du XXIe s., reste néanmoins plaisant. Ce qui m'a réellement frappé, ce sont les personnages. L'intrigue est en effet simplissime : on veut à tout prix éviter la guerre, sauf ceux qui la veulent, évidemment.
Non vraiment ce sont les personnages qui donnent tout son caractère à la pièce et qui la rende si particulière.
Tout se déroule presque exclusivement du côté des Troyens ; et dans ceux-ci, peu se détachent du reste. En fait, à part Hector et Andromaque, tous font partie d'un camp : pour ou contre la guerre. Ils ne sont finalement représentés que par cette seule caractéristique. Priam, le géomètre, le poète et les vieillards se confondent tous entre eux, tous aiment la beauté d'Hélène, tous veulent la guerre. Andromaque, contrairement à sa mère, ne veut pas de la guerre, mais, plus on avance dans la pièce et plus elle est pessimiste, au point de prendre le rôle de prophétesse de malheur de Cassandre.
Hector, en faveur de la paix, avance donc seul dans cette pièce contre les anciens, soutenu par une reine somme toute impuissante, accablé par le pessimisme de sa femme. Mais sa position est extrêmement ambiguë : la guerre, s'il ne la veut pas, c'est parce qu'il en revient d'une qui ne sonnait plus bien. C'est parce qu'il ne veut pas être dans une guerre avec laquelle il ne pourra chanter en chœur qu'il la refuse. Finalement, aurait-il été un fervent défenseur de la paix si la guerre avait sonné juste ?
Hélène est absolument surréelle. Elle n'est pas humaine, ne l'a probablement jamais été, elle est une simple coquille, une allégorie sans âme de la beauté. Elle se plie bien aisément à tout ce qu'on lui demande ; elle n'est pas dans le présent, parce qu'elle ne voit finalement le monde qu'aux couleurs du destin. Elle part avec Pâris parce qu'il se détache de la masse des autres, parce que le destin a un projet pour lui. Elle va à Troie parce qu'elle voit la ville colorée par le destin, parce qu'elle y voit la guerre qui s'y déroulera, et que c'est la seule chose qui se détache pour elle.
J'ai beaucoup apprécié le parallèle original entre Cassandre et Hélène. Ici, Cassandre ne voit pas le destin, elle connait l'avenir de chaque personne croisant sa route. Tout dans son personnage s'oppose à celui d'Hélène : elle contredit, elle a une forte volonté, des opinions plus forts encore. Seulement voilà, elle prédit les malheurs individuels ; elle est haïe, et devient une sorte de voix de fond. Hélène elle est adulée, quand bien même prédirait-elle des malheurs ; les siens sont collectifs et elle est belle, et elle est docile.
Ce qui déclenche la guerre, finalement, est totalement absurde et fait suite à des négociations complètement perchées, qui pour moi représentent bien toute la vacuité et l'absurdité de la guerre. Une raison devait être trouvée, elle l'a été, et les quelques uns qui voulaient voir un conflit éclater s'en servent pour convaincre le reste de son bien fondé.
C'était une pièce intrigante, assez déstabilisante, mais j'ai tout de même apprécié cette lecture, surtout pour les personnages.